Le Seitai : un art corporel japonais.


Le Seitai est né au Japon après la Seconde Guerre mondiale au sein d'une population complètement démunie et affaiblie. C'est la création originale de thérapeutes de génie qui ont établi une synthèse de leur patrimoine culturel thérapeutique dans le but de rendre la population autonome et plus forte.

Principes

Il s'agit de recentrer la vitalité du corps autour de ses axes : la colonne vertébrale et le bas du ventre, le Hara, pour recouvrer une posture souple, fluide et aisée à maintenir. La finalité du Seitai est de déterminer les besoins de chacun afin de mobiliser la région spécifique du corps qui est affaiblie, raidie, ou encore endormie. Le Seitai propose donc des exercices personnalisés.

Comment ?

Ces exercices, les taisos, extrêmement précis vont cibler les parties du corps dans lesquelles la vitalité stagne et les mettre en tension dans un premier temps. Cela dans le but de générer un profond relâchement de ces zones dans un second temps. Cette stratégie permettra une meilleure circulation de l'énergie dans le corps ainsi qu'un réajustement et un bien être perceptibles dès la fin de l'exercice.

Pratique et entretien

L'avantage des taisos est qu'ils sont efficaces immédiatement, faciles à mettre en oeuvre, pas d'équipement spécifique, et qu'ils ne requièrent que dix minutes de pratique par jour. Après la phase nécessaire d'apprentissage où chaque détail est supervisé, ils permettront à chacun de se prendre en main et de devenir autonome, plus disponible et plus performant.

Le Seitai est efficace et utile dans quelles situations ?

* Les déséquilibres posturaux qui ont des répercussions douloureuses sur certaines zones, souvent articulaires et au minimum musculaires.

* Le stress en agissant sur ses ancrages corporels.

* Le manque de vitalité, d'énergie, les problèmes d'agitation et de dissipation.

Le concept de santé du point de vue du Seitai

"Le corps humain a le pouvoir de recouvrer lui même naturellement sa condition de santé initiale à partir d'un état de maladie ou de blessure sans intervention extérieure"

Kuniaki IMOTO

Cette affirmation est fondée sur une connaissance due à une longue observation des mécanismes de la vie dans le corps.

1. La santé et la maladie

Du point de vue du Seitai, être en bonne santé ne signifie pas ne pas être malade.

Ainsi une personne, qui par exemple, n'attrape jamais froid n'est pas considérée comme une personne en bonne santé. Son corps a perdu de sa sensibilité et sa capacité à évacuer les excès s'est émoussée.

En effet, selon le Seitai, le corps humain devient malade pour guérir les problèmes qui surviennent dans le corps et qui dépassent sa capacité d'assimilation, il amorce ainsi divers processus pour se débarrasser des problèmes accumulés. C'est cette fonction normale du corps qui est généralement considérée comme la maladie.

Par exemple, le Seitai regardera les différents symptômes d'un coup de froid ; la fièvre, les maux de tête, la toux, les vomissements ou encore la diarrhée comme la réponse naturelle du corps pour revenir lui-même à son état originel.

C'est la destruction avant la reconstruction qui vise à l'homéostasie. L'équilibre entre le catabolisme et l'anabolisme.

Un corps Seitai -en ordre, ajusté- est très sensible et répond avec vivacité aux stimuli extérieurs, à tel point qu'il pourra sembler vulnérable à la maladie. Mais les symptômes seront légers, brefs, et le corps pourra éliminer un coup de froid en quelques éternuements.

Un corps émoussé et insensible ne parviendra pas à élaborer une réponse immédiate et résistera à la maladie jusqu'à ce que les problèmes s'accumulent et grossissent. Quand la maladie se manifestera de façon plus importante plus tard, sa réponse devra être intense et plus longue. Elle nécessitera alors beaucoup plus de force et si cette dernière est insuffisante, l'issue pourra être fatale.

2. La possibilité de changement d'une manière plus globale

Selon le point de vue du Seitai, nos attitudes, comportements et réactions face à la vie ont une grande importance dans les formes que vont prendre les maladies dans notre corps. Le Seitai considère donc que ce sont des résultantes.

Si le corps est le réceptacle de nos réactions face à la vie, le Seitai nous propose d'envisager également le chemin inverse et de libérer la pensée en supprimant les points d'ancrage qui nous rappelle nos attitudes négatives.

Par exemple, quelqu'un qui a peur va lever les épaules en réaction. La tension inhérente à cette posture pourra alors perdurer peu ou prou selon l'intensité ou la durée de l'événement qui a suscité cette réaction et cela même quand la personne n'aura plus peur. La posture et les articulations en pâtiront sûrement puisque cela induira des tensions constantes mais le comportement également, car le corps par cette attitude installée continuera de manifester ce sentiment de peur.

C'est pourquoi on peut dire que le Seitai vise à libérer le corps pour donner plus de  liberté  à la pensée. En d'autres termes, libérer le corps des ancrages du stress pour permettre à la pensée d'être plus calme et de remplir sa fonction sereinement.

L'augmentation de la perceptibilité et donc de l'écoute de notre corps liée à la pratique du Seitai permet d'identifier des régions durcies, endormies, affaiblies - alors qu'on ne ressent en général que les régions douloureuses - et d'avoir une action sur ces dernières.

En acceptant que leur état n'est pas du au hasard, cette action, en redonnant de la liberté au corps, permettra également d'ouvrir une fenêtre sur un aspect de soi-même qui a été oublié. Chaque action sur cet aspect sera un pas vers le changement.

Ce changement ne peut pas s'effectuer de façon miraculeuse et instantanée. Mais cette manière d'aborder le stress et ses ancrages ouvre de nouveaux espaces de liberté qui permettent d'appréhender la vie, les conflits, les problèmes ou les opportunités avec un autre regard. (rien de mystérieux ni d'exceptionnel à cela, il s'agit seulement d'affiner ses perceptions et de constater ce qui se tend et se bloque ,en général ouen fonction des situations afin d'être en mesure d'agir ensuite sur ces zones pour amenuiser au maximum l'installation des tensions. Quant à la résolution des problèmes, elle dépend toujours de nous, il s'agit seulement de s'octroyer un peu de recul et d'alléger quelques fardeaux.

Comme si le corps pouvait s'exprimer et dire : regarde, c'est comme cela que je devrais être.
Et la conscience débarrassée de ces signaux parasites de constater : c'est cette sensation de mon corps que j'apprécie.

Principes et moyens

Il s'agit de stimuler la vitalité -je préfère ce terme à énergie même s'il reste conceptuel parce que mieux adapté à la discipline - dans le corps afin que celle-ci circule de façon optimale et soit ainsi mieux répartie dans le corps pour lui permettre d'utiliser au mieux ses ressources d'auto-régénération. Pour atteindre cet objectif, il va falloir mobiliser avec précision les zones où la vitalité stagne et donc les identifier.

Cela se constate par l'observation de la posture, de l'attitude corporelle, du comportement en général et par l'examen attentif du corps mais plus spécifiquement des vertèbres et du ventre.

D'un point vue concret et bio-mécanique, il faut redonner au corps sa souplesse, de l'espace entre les vertèbres afin que les commandes nerveuses s'effectuent avec la meilleure fluidité possible vers les membres et les organes. Il s'agit également de donner de la place aux organes afin que ceux-ci assument leur fonction dans les meilleures conditions. Par exemple, des épaules tendues et enroulées vers l'avant vont compresser la partie supérieure des poumons ce qui produira une forte impression de fatigue. De plus, par effet rebond, les poumons vont appuyer sur le coeur et le fatiguer.

De la sorte, chaque partie du corps va jouer sur une autre et c'est l'ensemble qui va se raidir pour lâcher à l'endroit le plus sollicité ou le plus fragile, que ce soit pour des raisons physiques, de stress ou de tendances propres à chacun.


Le praticien de Seitai a recours à trois grandes catégories de moyens :

La main pour l'écoute du ventre pour laquelle il s'agit de découvrir où les tensions se sont cristallisées et d'agir sur elles par des techniques spécifiques. Il peut également observer l'état de souplesse des vertèbres pour voir quelle zone est à mobiliser en priorité. Il utilise de plus un ensemble de techniques manuelles sur le corps pour recentrer la vitalité.

Les serviettes chaudes et humides ou des bains partiels (certaines régions du corps). Dans le même but de faire remonter la vitalité vers le centre ou d'assouplir une région particulière de la colonne vertébrale liée aux pieds, par exemple.

La pratique des taisos -éducatifs corporels- qui va permettre à tout un chacun de se prendre en main, et d'appuyer, de pérenniser ou parfois même de remplacer la stimulation effectuée par le praticien. Ces taisos vont cibler les zones à stimuler par des postures extrêmement précises et par une intensité particulière et propre à chacun selon ses limites.



Quelques applications concrètes

Le Seitai considère le corps et l'énergie dans le corps dans leur globalité. Il cherche donc en premier lieu a découvrir le point clef qui bloque la vitalité dans le corps et à agir sur ce dernier dans le but d'améliorer la circulation de l'énergie. Ce point clef peut être une zone endormie dont on n'a pas forcément conscience mais qui va générer des troubles quant à eux bien perceptibles dans d'autres parties du corps.

Le Seitai présente donc également des exercices spécifiques adaptés à des gênes, blocages et douleurs dont le pratiquant peut se plaindre. Il est intéressant de préciser que très souvent, ces exercices vont agir de surcroît sur la zone clef qui est responsable des troubles perceptibles, et cela en remontant les chaînes musculaires qui ont relayé le problème. Pour les praticiens, au Japon, il existe même des techniques d'urgence.

Au Japon, le Seitai est une médecine, mais la pratique des Taisos peut être efficace et utile pour les cas suivants :
  • Les déséquilibres posturaux et leur impact sur les muscles et les articulations,
  • Les problèmes de dos dus au manque de souplesse et de fluidité,
  • Certains problèmes articulaires,
  • Le stress en agissant sur ses ancrages corporels,
  • Le manque de vitalité, d'énergie, les problèmes d'agitation et de dissipation,
  • Des problèmes plus spécifiques comme les migraines, les règles douloureuses.

Résumé de l'historique du Seitai.

A l'orée de la Seconde Guerre mondiale, un gigantesque recensement du patrimoine culturel du patrimoine est effectué sur l'injonction du Gouvernement qui redoute une perte de savoir lié à l'éventuelle et envisageable disparition d'experts.


Les experts en médecine traditionnelle se regrouperont quant à eux au sein de la Kenko Hojikai, la fondation pour la préservation de la santé.


Ils vont s'attacher à synthétiser ces connaissances et à faire ressortir l'essence commune des disciplines qu'ils ont le privilège d'étudier dans leur ensemble. A cette époque, beaucoup d'écoles conservaient des informations secrètes comme dans le domaine des arts martiaux.


Un membre charismatique, Haruchika NOGUCHI, s'imposera comme un leader naturel et fera émerger le Seitai - corps juste ou corps en ordre- de cette réunion d'experts. Il ajoutera cependant la dimension psychologique et la notion d'inconscient dans sa pratique.


A la fin de la guerre, le pays est détruit, et Noguchi rassemble et séduit nombre de patients dans la détresse en avançant que la mémoire de la santé est dans le corps ainsi que les moyens de recouvrer, insistant sur le rôle du système involontaire qui lutte perpétuellement pour sauvegarder l'équilibre du corps.


Noguchi par sa vision originale va développer sa propre école et créer dans le même temps la Seitai Kyokai - la fondation de Seitai.

Des élèves vont le suivre malgré l'extrême exigence de Noguchi sur la pratique du Seitai et participer au développement du Seitai au Japon.

Le père de Kuniaki IMOTO sera de ceux-là et son fils Kuniaki fera ses premiers pas dans le Seitai à l'âge de 5 ans dans l'entourage immédiat de Noguchi.


Noguchi réussira à faire reconnaître le Seitai par l'Education nationale, ce qui lui conférera toujours une place à part et privilégiée dans le monde des praticiens.

Vers la fin de sa vie, Noguchi va créer le Katsugen Undo (le mouvement régénérateur introduit en France par Itsuo Tsuda dans les années 1970) afin de pouvoir traiter plus de monde. Et alors qu'à l'origine, le Seitai est une thérapie manuelle, il est intéressant de noter que Noguchi soignait à la fin de sa vie en s'adressant directement à l'inconscient de ses patients.


Kuniaki Imoto étudiera le Seitai avec son père et créera sa propre méthode de Seitai, le Imoto Seitai. En résumé et pour la différencier, il est intéressant de préciser que la différence n'est pas dans l'essence mais se situe principalement dans la manière de s'adresser aux groupes de pratiquants et/ou de patients.


En effet, dans le Imoto Seitai, le Katsugen Undo n'est pas pratiqué mais a été remplacé par  l'introduction de la pratique des Taisos qui permettent à tout un chacun de prendre en charge ses problèmes spécifiques.